Le Passeport Numérique Produit : Échéances 2026 à Ne Pas Rater

by Juil 23, 2026French Expertises, Uncategorized

Échantillons de placage bois sur une table rustique

Sommaire

Une Échéance Réglementaire que Peu d’Entreprises Ont Vue Venir

J’écris cet article en croisant deux angles que je maîtrise directement : la mécanique réglementaire européenne qui structure ce type de déploiement progressif, et la réalité opérationnelle de la gouvernance de données produit que j’ai pratiquée bien avant que le DPP ne devienne un sujet de conversation courant dans les comités de direction et les réunions de planification annuelle.

Le Passeport Numérique Produit (Digital Product Passport, DPP) européen est l’un des chantiers réglementaires les plus mal calendrisés dans l’esprit des entreprises que j’accompagne actuellement. Beaucoup pensent soit que l’échéance est encore lointaine et peuvent l’ignorer pour l’instant, soit au contraire qu’une obligation générale s’applique déjà à l’ensemble de leurs produits — les deux perceptions sont inexactes, et le calendrier réel est nettement plus précis et plus proche que ne le pense la majorité des directions produit avec lesquelles j’échange.

Ce qui rend ce sujet particulièrement délicat à calendriser correctement, c’est que le règlement-cadre est déjà en vigueur depuis juillet 2024, mais que les obligations concrètes dépendent d’actes délégués sectoriels publiés progressivement, secteur par secteur, avec des dates d’application qui varient fortement d’une catégorie de produit à l’autre.

L’ESPR : un Cadre, pas une Obligation Immédiate Uniforme

Comprendre cette distinction juridique en amont évite bien des malentendus dans la suite de cet article, et dans les conversations que j’ai régulièrement avec des directions produit sur ce sujet.

Le règlement sur l’écoconception pour des produits durables (ESPR) est entré en vigueur en juillet 2024 et sert de cadre général pour le déploiement du DPP à travers l’ensemble des catégories de produits vendus dans l’Union européenne. Point technique essentiel que je répète systématiquement à mes clients : l’ESPR est un règlement-cadre, ce qui signifie qu’il établit la structure juridique du Passeport Numérique Produit, mais que l’obligation concrète ne s’applique qu’une fois qu’un acte délégué spécifique au produit est adopté par la Commission européenne — un texte secondaire définissant précisément quelles données un DPP doit contenir pour une catégorie de produit donnée.

Cette architecture juridique en deux temps explique pourquoi le calendrier réel diffère radicalement d’un secteur à l’autre, et pourquoi une entreprise vendant plusieurs catégories de produits doit suivre plusieurs calendriers distincts en parallèle plutôt qu’une échéance unique.

Cette structuration en deux temps a une conséquence pratique que je souligne systématiquement : il ne suffit pas de vérifier une seule fois si le DPP s’applique à votre organisation, il faut suivre en continu l’avancement des actes délégués propres à chacune de vos catégories de produits, puisque ce calendrier évolue au fil des publications de la Commission européenne. Une entreprise qui a vérifié sa situation en 2025 et n’y est jamais revenue depuis opère aujourd’hui sur une base d’information potentiellement obsolète, exactement le même écueil que j’observe sur d’autres textes réglementaires européens à déploiement progressif.

L’Architecture Technique d’un Passeport Produit

Avant de discuter des échéances par secteur, il vaut la peine de s’attarder sur ce que ces textes exigent réellement au niveau technique, car cette compréhension conditionne directement l’ampleur du chantier de préparation à anticiper.

Comprendre les composants techniques exigés par un DPP aide à anticiper l’ampleur réelle du chantier de préparation. Trois éléments structurent chaque passeport : un identifiant produit unique et persistant, un support de données physique relié à cet identifiant (le plus souvent un QR code, parfois une puce RFID ou un code-barres), et un jeu de données interopérable respectant des standards ouverts, sans dépendance à un fournisseur logiciel unique.

Ce dernier point mérite une attention particulière : les exigences de format imposent une donnée lisible par machine, transférable, et consultable sans verrouillage propriétaire. Concrètement, cela signifie qu’une entreprise ne peut pas se contenter d’un système fermé propre à un seul éditeur logiciel pour héberger ses données DPP — le référentiel sous-jacent doit être conçu, ou adapté, pour produire des exports conformes aux standards ouverts exigés, une contrainte technique qui rejoint directement les principes de gouvernance de données que j’applique sur mes autres chantiers de fiabilisation de catalogue produit.

Femme parcourant un catalogue produit dans un showroom
Le calendrier du Passeport Numérique Produit varie fortement d’un secteur à l’autre — une seule échéance générale n’existe pas.

Le Registre Central Européen Ouvre en Juillet 2026

Cette date technique, souvent citée sans être bien comprise, mérite d’être clarifiée précisément pour éviter une confusion fréquente sur ce qu’elle implique réellement pour les entreprises.

Un jalon technique précis mérite d’être signalé : le registre central européen prévu par le cadre ESPR doit entrer en service le 19 juillet 2026. Il s’agit d’une échéance de mise en place technique de la Commission, pas d’une date à laquelle les entreprises doivent avoir enregistré leurs produits — une nuance que je vois fréquemment source de confusion. Ce registre constituera l’infrastructure technique sur laquelle s’appuieront les futurs passeports produit, quel que soit le secteur concerné.

Les Batteries : le Premier Passeport Réellement Obligatoire

Parmi tous les secteurs évoqués dans cet article, celui des batteries mérite une attention particulière, car il constitue aujourd’hui la seule échéance véritablement ferme et proche à considérer.

Le premier passeport produit réellement contraignant, avec une date fixée par un règlement distinct (le règlement européen sur les batteries), concerne les batteries : à partir du 18 février 2027, les batteries pour véhicules légers, les batteries industrielles de plus de 2 kWh et les batteries de véhicules électriques devront disposer d’un passeport batterie contenant les informations réglementaires requises. C’est aujourd’hui la priorité de conformité DPP la plus concrète et la plus proche pour toute entreprise plaçant ce type de batteries sur le marché européen.

Textiles : Attention à ne pas Confondre Deux Échéances Distinctes

Ce secteur mérite un traitement à part dans cet article, tant la confusion qui l’entoure produit des décisions de planification erronées chez mes clients.

Pour le secteur textile, souvent cité comme prioritaire dans la communication autour du DPP, la situation exige une distinction que je détaille systématiquement avec mes clients du secteur, car la confusion entre les deux échéances suivantes coûte cher en malentendus internes. D’un côté, l’acte délégué spécifique aux textiles n’est pas encore adopté à la mi-2026 ; le plan de travail ESPR 2025-2030 fixe une adoption indicative pour 2027, avec une application concrète réaliste au plus tôt en 2028, un acte délégué ne pouvant s’appliquer moins de 18 mois après son entrée en vigueur.

De l’autre côté, une obligation totalement distincte et bien plus proche existe déjà : l’interdiction de destruction des textiles, vêtements et chaussures invendus s’applique aux grandes entreprises depuis le 19 juillet 2026, avec des règles de divulgation standardisées applicables à partir de février 2027. Cette interdiction n’est pas le Passeport Numérique Produit lui-même, mais elle s’inscrit dans le même cadre réglementaire européen et concerne les mêmes équipes produit — la confondre avec l’échéance DPP proprement dite est une erreur que je vois commise fréquemment.

Cette confusion a des conséquences concrètes sur la planification interne des entreprises du secteur textile que j’accompagne. Certaines organisations, ayant entendu parler d’une échéance 2026, mobilisent en urgence des ressources pour un chantier DPP complet, alors que l’obligation réellement applicable à cette date concerne uniquement la destruction des invendus, un périmètre bien plus restreint que la structuration complète d’un passeport produit. D’autres, à l’inverse, découvrent tardivement l’interdiction de destruction en pensant à tort que rien ne s’applique avant l’échéance DPP de 2028, et se retrouvent en défaut de conformité sur une obligation pourtant déjà en vigueur depuis juillet 2026.

La bonne pratique, que j’applique systématiquement avec mes clients du secteur, consiste à établir dès le départ un tableau de bord distinguant clairement chaque obligation par sa base juridique propre, sa date d’entrée en application réelle, et son périmètre exact de produits concernés — plutôt que de traiter l’ensemble des annonces réglementaires européennes sur les textiles comme un bloc générique unique.

Le Calendrier Complet par Secteur

Voici, synthétisé en un seul endroit, l’ensemble des échéances actuellement connues, secteur par secteur, telles qu’elles se présentent à la mi-2026.

  • Batteries — 18 février 2027, échéance ferme fixée par un règlement distinct.
  • Textiles et habillement — acte délégué attendu fin 2027, application réaliste 2028 au plus tôt ; interdiction de destruction des invendus déjà applicable aux grandes entreprises depuis juillet 2026.
  • Meubles et matelas — dans le périmètre à partir de 2027.
  • Pneus et détergents — échéances à partir de 2027.
  • Fer, acier, aluminium — échéances attendues à partir de 2028.
  • Électronique, TIC — déploiement échelonné 2028-2029.
  • Produits de construction — traités séparément sous le règlement CPR, échéances probables 2029-2030.

Les PME bénéficient de délais de transition prolongés sur certaines obligations, mais ces délais ne constituent jamais une exemption totale ou indéfinie — un point que je clarifie systématiquement, car beaucoup d’organisations de taille intermédiaire interprètent à tort ces délais prolongés comme une dispense complète.

Pourquoi ce Chantier Rejoint Directement la Gouvernance PIM

Il serait tentant de traiter le DPP comme un sujet purement juridique, séparé de tout le reste de l’infrastructure de données produit d’une entreprise. Cette séparation, aussi confortable soit-elle sur le plan organisationnel, ne résiste pas longtemps à l’examen technique des exigences réelles.

Chaque Passeport Numérique Produit repose sur un identifiant produit unique, relié à un support de données (le plus souvent un QR code) et à un jeu de données interopérable, lisible par machine, selon des standards ouverts, sans dépendance à un fournisseur unique. Cette exigence technique rejoint exactement le terrain que je couvre dans mes travaux sur la gouvernance PIM et l’agentic commerce : un identifiant produit cohérent à travers les systèmes, une taxonomie harmonisée, et des attributs structurés pour une lecture machine plutôt que seulement pour un affichage humain.

Les organisations qui traitent le DPP comme un chantier de conformité juridique isolé, sans le connecter à leur infrastructure de données produit existante, dupliquent inutilement l’effort de structuration — exactement le même écueil que j’observe sur d’autres chantiers réglementaires liés à la donnée produit.

Concrètement, cette duplication d’effort se manifeste souvent par deux équipes travaillant en parallèle, sans coordination réelle, sur des référentiels différents portant pourtant sur les mêmes produits : d’un côté une équipe juridique ou conformité construisant un dispositif de collecte dédié au DPP, de l’autre une équipe e-commerce ou marketing gérant son propre référentiel produit pour l’optimisation commerciale et l’agentic PIM évoqués par ailleurs dans cette série d’articles. Ces deux référentiels finissent presque toujours par diverger dans le temps, chacun étant mis à jour selon un rythme et des priorités propres, ce qui produit exactement le type d’incohérence qu’un DPP est censé éliminer plutôt que reproduire en interne.

La bonne pratique, que je recommande systématiquement lorsque j’interviens sur ce type de programme, consiste à identifier un référentiel produit unique faisant autorité, alimentant à la fois les besoins commerciaux et les besoins de conformité DPP, plutôt que de maintenir deux sources de vérité distinctes qui finiront inévitablement par se contredire. Cette unification exige généralement une gouvernance data formalisée avec des propriétaires clairement identifiés par domaine d’attribut, une discipline organisationnelle bien plus déterminante pour la réussite du chantier que le choix de telle ou telle plateforme logicielle.

Le Coût Réel d’Attendre la Dernière Minute

Un raisonnement que j’entends fréquemment consiste à repousser toute préparation DPP tant que l’acte délégué spécifique au secteur concerné n’est pas formellement publié, sur la base qu’il serait prématuré d’investir dans un dispositif dont les exigences précises ne sont pas encore fixées définitivement. Ce raisonnement contient une part de vérité, mais il ignore une réalité opérationnelle que j’observe systématiquement sur ce type de chantier : la construction d’un référentiel de données fournisseurs fiable, avec des identifiants cohérents et une gouvernance claire, prend du temps indépendamment du contenu exact de l’acte délégué final.

Un exemple composite illustre bien ce schéma, construit à partir de situations comparables que j’ai observées sur plusieurs chantiers de traçabilité produit. Une entreprise du secteur du meuble, apprenant que son secteur figure parmi les priorités du plan de travail ESPR pour 2027, décide d’attendre la publication de l’acte délégué définitif avant d’engager la moindre ressource sur le sujet. Dix-huit mois plus tard, l’acte délégué est effectivement publié, avec une période de transition de dix-huit mois avant application obligatoire — un délai qui semble confortable sur le papier, mais qui s’avère largement insuffisant une fois confronté à la réalité : plus de 200 fournisseurs différents à solliciter pour obtenir des données de composition structurées, dont une majorité n’avait jusque-là jamais été sollicitée sur ce format précis.

La reconstruction en urgence de cette chaîne de données fournisseurs, menée sous la pression du calendrier réglementaire désormais ferme, mobilise une équipe dédiée pendant près d’un an, avec un taux de réponse fournisseur initial inférieur à 40%, nécessitant plusieurs relances successives et, pour certains fournisseurs les plus réticents, une renégociation contractuelle explicite pour intégrer cette obligation de transmission de données. Une entreprise ayant engagé ce même travail de structuration dès l’annonce de la priorisation sectorielle, sans attendre la publication définitive de l’acte délégué, aurait pu étaler cet effort sur deux à trois ans plutôt que de le compresser dans l’urgence, avec un taux de réponse fournisseur vraisemblablement bien supérieur, la relation ayant eu le temps de se construire progressivement plutôt que sous contrainte.

Les entreprises qui attendent la publication définitive de l’acte délégué avant de commencer leur cartographie de données se retrouvent systématiquement à devoir compresser en quelques mois un travail qui, mené en amont, aurait pu s’étaler sur un an ou davantage sans pression particulière. Ce schéma, que j’ai vu se répéter sur d’autres chantiers réglementaires à déploiement progressif, produit invariablement les mêmes symptômes : des données collectées dans l’urgence, une qualité moindre, et un stress organisationnel évitable si la préparation avait commencé plus tôt, sur les fondations structurelles qui restent valables indépendamment du contenu final exact du texte réglementaire.

Catalogues ouverts sur un établi de rénovation
Le Passeport Numérique Produit et la gouvernance commerciale du catalogue reposent sur le même socle de données structurées.

Ce que J’ai Vu se Répéter sur d’Autres Chantiers de Traçabilité

Cette section s’appuie directement sur des situations que j’ai observées de près, pas sur une lecture théorique de la réglementation.

Ayant piloté des chantiers de fiabilisation de référentiels produit à grande échelle avant que le DPP ne devienne un sujet réglementaire visible, je reconnais dans ce chantier un schéma déjà observé sur d’autres exigences de traçabilité produit : la difficulté n’est presque jamais la compréhension du texte réglementaire, elle est dans la capacité opérationnelle à produire une donnée fiable, structurée, et rattachée à un identifiant unique cohérent à travers l’ensemble des systèmes de l’entreprise, y compris ceux des fournisseurs en amont de la chaîne.

Un point que je souligne systématiquement à mes clients qui abordent le DPP pour la première fois : la collecte de données fournisseurs, souvent le maillon le plus faible d’un référentiel produit, devient ici un enjeu de conformité réglementaire direct, pas seulement un enjeu de qualité commerciale. Une entreprise qui n’a jamais structuré formellement ses échanges de données avec ses fournisseurs découvre souvent, au moment d’aborder le DPP, l’ampleur réelle de cette lacune.

Cette lacune se manifeste typiquement de trois façons distinctes dans les organisations que j’ai accompagnées sur des chantiers de traçabilité comparables. La première : des données de composition ou de provenance existent bien chez le fournisseur, mais ne remontent jamais de façon structurée vers le système d’information de l’acheteur, restant cantonnées à des échanges d’e-mails ou de fichiers PDF non exploitables automatiquement. La deuxième : les données existent des deux côtés, mais sous des formats et des référentiels incompatibles, exigeant une transcodification manuelle répétée à chaque mise à jour. La troisième, la plus coûteuse à corriger tardivement : certaines données exigées par un futur DPP n’ont tout simplement jamais été collectées par personne, ni le fournisseur ni l’acheteur, ce qui impose de construire un nouveau processus de collecte de toutes pièces plutôt que de simplement mieux exploiter l’existant.

Diagnostiquer dans laquelle de ces trois situations se trouve chaque catégorie de fournisseurs, avant même de choisir un outil ou une plateforme DPP, change radicalement l’ampleur réelle du chantier à prévoir — une étape de diagnostic que je recommande systématiquement de mener en amont de tout investissement technique.

Structurer la Relation Fournisseur Avant la Technologie

Face à ce diagnostic, la tentation est grande de chercher immédiatement une plateforme logicielle promettant de gérer l’ensemble du cycle de vie du DPP de bout en bout, sans distinguer ce qui relève réellement de la gouvernance de ce qui relève de l’outillage technique.

Je déconseille systématiquement cette approche tant que la gouvernance de la donnée fournisseur elle-même n’a pas été clarifiée : qui, côté fournisseur, est responsable de fournir quelle donnée, selon quel format, à quelle fréquence de mise à jour. Sans cette clarification préalable, la plateforme la plus sophistiquée du marché ne fait qu’automatiser la collecte d’une donnée dont la fiabilité reste incertaine à la source.

Dans la pratique, je recommande de commencer par un nombre restreint de fournisseurs stratégiques, représentant le plus fort volume ou le plus fort enjeu de conformité, pour établir un processus de collecte structuré et documenté, avant d’étendre progressivement ce processus à l’ensemble de la base fournisseurs. Cette approche progressive, déjà éprouvée sur d’autres chantiers de fiabilisation de données à grande échelle que j’ai pilotés, évite l’écueil classique consistant à vouloir tout structurer simultanément, ce qui retarde souvent indéfiniment tout résultat concret.

Les Erreurs qui Coûtent le Plus Cher sur ce Type de Chantier

Les erreurs suivantes reviennent avec une régularité frappante dans les organisations que j’accompagne sur ce sujet, indépendamment de leur secteur d’activité précis.

  • Confondre l’entrée en vigueur du règlement-cadre ESPR avec une obligation immédiate uniforme. Seuls les actes délégués sectoriels créent une obligation concrète, à des dates très différentes selon le secteur.
  • Confondre l’interdiction de destruction des invendus textiles avec l’échéance DPP textile elle-même. Ce sont deux obligations totalement distinctes, avec des calendriers différents et des bases juridiques séparées.
  • Traiter le DPP comme un chantier juridique isolé, sans le connecter à la gouvernance PIM existante. Cela duplique l’effort de structuration de données déjà nécessaire pour d’autres raisons commerciales.
  • Sous-estimer la dépendance aux données fournisseurs. Un DPP fiable exige des données amont que beaucoup d’entreprises n’ont jamais formellement structurées avec leurs fournisseurs.
  • Interpréter les délais prolongés PME comme une exemption totale. Ces délais retardent l’obligation, ils ne la suppriment jamais.
  • Attendre la publication définitive de l’acte délégué sectoriel avant de commencer toute préparation. La construction d’un référentiel fournisseur fiable prend du temps indépendamment du contenu exact du texte final.
  • Laisser deux équipes distinctes construire deux référentiels produit séparés pour la conformité et le commercial. Ces référentiels finissent presque toujours par diverger, produisant l’incohérence même que le DPP est censé éliminer.

Pourquoi la Priorisation Sectorielle N’est Pas Arbitraire

Il est tentant de considérer cette liste de secteurs prioritaires comme une décision bureaucratique arbitraire. Une lecture plus attentive révèle une logique cohérente qui mérite d’être comprise, notamment pour anticiper le sort des secteurs pas encore couverts.

Le choix des secteurs prioritaires par la Commission européenne — batteries, textiles, meubles, pneus, acier, électronique, construction — n’est pas arbitraire, il reflète une combinaison de volume de mise sur le marché, d’impact environnemental documenté, et de maturité technique déjà atteinte par certains secteurs sur la traçabilité produit. Comprendre cette logique de priorisation aide à anticiper, même pour un secteur non encore couvert par un acte délégué publié, la probabilité et l’échéance approximative de sa propre mise en conformité future.

Un secteur dont les acteurs principaux disposent déjà de systèmes de traçabilité matures, par exemple via des certifications sectorielles préexistantes ou des exigences de sécurité produit déjà en vigueur, se trouve généralement mieux positionné pour absorber rapidement une nouvelle exigence DPP qu’un secteur partant d’une base de données quasi inexistante. Ce constat plaide, encore une fois et sans ambiguïté, pour une préparation structurelle anticipée plutôt qu’une attente passive de la publication réglementaire définitive.

Checklist de Préparation

Cette checklist reprend les points de vigilance développés tout au long de cet article, à utiliser comme base d’un premier diagnostic honnête avant tout investissement technique dans une solution DPP.

  • Savez-vous précisément quel acte délégué sectoriel s’applique à chacune de vos catégories de produits ?
  • Votre référentiel produit dispose-t-il déjà d’un identifiant unique cohérent à travers tous vos systèmes ?
  • Vos échanges de données avec vos fournisseurs sont-ils suffisamment structurés pour alimenter un DPP fiable ?
  • Avez-vous distingué clairement l’interdiction de destruction des invendus de l’échéance DPP textile proprement dite, si vous opérez dans ce secteur ?
  • Le chantier DPP est-il coordonné avec votre gouvernance PIM existante, plutôt que traité isolément par le juridique ?

FAQ

Voici les questions qui reviennent le plus souvent lorsque j’échange avec des directions produit et des équipes conformité sur ce sujet précis.

Le DPP s’applique-t-il déjà à mes produits aujourd’hui ?
Cela dépend entièrement de votre secteur — seuls les produits couverts par un acte délégué déjà adopté sont concernés, et à la mi-2026, seules les batteries disposent d’une échéance ferme (février 2027).

Une PME est-elle exemptée du DPP ?
Non, elle bénéficie de délais de transition prolongés sur certaines obligations, pas d’une exemption totale ou indéfinie.

Le registre européen ouvrant en juillet 2026 signifie-t-il que je dois y enregistrer mes produits immédiatement ?
Non, cette date correspond à la mise en place technique du registre par la Commission, pas à une échéance d’enregistrement pour les entreprises.

Le DPP et la gouvernance PIM sont-ils vraiment liés techniquement ?
Oui — les deux reposent sur les mêmes exigences d’identifiant unique, de taxonomie cohérente et de structuration de données lisible par machine.

Faut-il investir dans une plateforme DPP dédiée dès maintenant ?
Pas nécessairement dans l’immédiat pour les secteurs sans acte délégué encore publié — la priorité reste la structuration de la gouvernance et des données fournisseurs, l’outil venant ensuite pour automatiser un processus déjà clarifié.

Comment prioriser si mon entreprise vend plusieurs catégories de produits couvertes par des calendriers différents ?
Je recommande de commencer par la catégorie ayant l’échéance la plus proche ou le plus fort enjeu commercial, tout en construisant une gouvernance data suffisamment générique pour être étendue aux autres catégories par la suite.

L’interdiction de destruction des invendus textiles s’applique-t-elle aussi aux petites entreprises ?
Oui, selon les sources disponibles, cette interdiction s’applique aux micro et petites entreprises selon le même calendrier que les grandes entreprises, contrairement à d’autres obligations DPP qui prévoient des délais différenciés selon la taille.

Mon Regard

Ayant piloté des chantiers de fiabilisation de données produit à grande échelle bien avant que le DPP ne devienne un sujet réglementaire visible dans la presse spécialisée, je constate que ce chantier réussit rarement quand il est confié uniquement aux équipes juridiques sans renfort de gouvernance data — exactement le même schéma que j’observe systématiquement sur d’autres textes réglementaires touchant la donnée produit, quel que soit le pays ou le secteur concerné.

Écrit par Steeve Vignissy, consultant senior en transformation digitale chez Notoriti, avec une expérience directe de fiabilisation de référentiels produit à grande échelle et de structuration de données fournisseurs multi-pays.

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Références

  • Reconomy, EU Digital Product Passports: A Business Guide, février 2026.
  • COSH!, What Is the EU Digital Product Passport? ESPR Requirements, avril 2026.
  • Segura, The EU Digital Product Passport (DPP): All You Need to Know, avril 2026.
  • Fluxy.One, EU Digital Product Passport (DPP): Complete Guide 2026.
  • Cycle Intelligence, EU Digital Product Passport for Textiles, juillet 2026.
  • PassportCraft, DPP Timeline 2026-2030: Every Product, Every Deadline, mars 2026.
  • Digiprodpass, The Ultimate Guide to Digital Product Passports.

Steeve Vignissy

Senior consultant and Director in digital strategy and data, During 15 years, I have supported numerous companies in their transformation in France and internationally. Throughout my missions, I have managed projects at the crossroads of information systems, marketing, and data, ensuring alignment between business needs and technical constraints. I design, redesign, and implement integrated digital solutions (ERP, CRM, BI, AI) with a pragmatic, performance-driven approach focused on simplicity and tangible value creation. Known for my rigor and result-oriented mindset, I ensure each project contributes meaningfully to organizational growth and digital modernization.

Notoriti Decision Intelligence, Data & AI Strategy Designing decision-making frameworks powered by data, BI and AI.

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